Certains continuent d’écrire à la chaîne sur des applications qui connaissent, au fond, tout de leurs utilisateurs, jusque dans les moindres détails. Pourtant, la messagerie instantanée ne devrait pas être synonyme de surveillance déguisée. Les applications de messagerie instantanée séduisent par leur accessibilité et leur gratuité, mais derrière la simplicité se cache parfois une faille béante : sans chiffrement, les messages privés restent à la merci de la société éditrice… et de toute entité friande de données confidentielles. Heureusement, plusieurs applications de messagerie sécurisée placent la confidentialité au cœur de leur mission. Leur fonctionnement ? Un chiffrement de bout en bout qui rend les conversations illisibles à tout intrus, sauf aux participants légitimes.
Le récent changement des Conditions d’utilisation de WhatsApp a poussé de nombreux utilisateurs à explorer des alternatives moins intrusives. La plateforme a prévenu : sans acceptation de cette mise à jour, impossible de poursuivre l’utilisation. Face au tollé de janvier 2021, l’application a repoussé l’échéance au 15 mai 2021. Mais le mal était fait : le public s’est massivement tourné vers d’autres solutions, qui proposent, elles aussi, les mêmes fonctionnalités.
Qu’est-ce que la messagerie cryptée ?
Le chiffrement de bout en bout (E2EE) désigne un mode de protection des échanges : seuls l’émetteur et le destinataire peuvent lire le contenu du message transmis. Personne d’autre, pas même l’éditeur du service, n’a accès au contenu. Pour ceux qui cherchent une alternative, voici une sélection de plateformes qui ont pris la vie privée au sérieux :
- Wire
- iMessage
- Signal
- Riot.IM/Element
- Jabber
- Wickr
- Telegram
- Dust
- Threema
- Olvid
- Session
Wire
Wire fonctionne sur toutes les plateformes : Windows, macOS, iOS, Android et Linux. Par défaut, cette application chiffre tout : messages, dessins, photos, appels vocaux et vidéo. La sécurité ne s’arrête pas là : les appels de groupe restent confidentiels jusqu’à cinq participants, l’audio stéréo permettant d’identifier la provenance des voix. Le partage de contenus (vidéos, gifs, liens Youtube, Spotify, SoundCloud) s’effectue sous la même protection. Wire intègre aussi un mode message éphémère. Quant à la liste de vos contacts, elle ne persiste que jusqu’à la suppression du compte par l’utilisateur lui-même.
iMessage
Réservée à ceux qui évoluent dans l’écosystème Apple, iMessage offre un chiffrement de bout en bout entre utilisateurs. Il est possible de gérer la durée d’affichage d’un message ou limiter le nombre de consultations. Toutefois, un point noir subsiste : les messages sauvegardés sur iCloud et les clés d’accès restent sous le contrôle total d’Apple. Prudence donc : mieux vaut éviter de stocker des conversations sensibles dans le cloud d’Apple.
Signal
Adoubée par Edward Snowden, Signal chiffre appels vocaux, vidéo et messages écrits sur Android, iOS, Windows, macOS et Linux. Anciennement RedPhone, l’application séduit un public croissant. Les données ne quittent jamais l’appareil sous forme lisible : elles sont chiffrées automatiquement et les clés restent dans votre poche. Les sauvegardes cloud sont désactivées par défaut, et l’application propose même la destruction programmée des messages sur tous vos appareils. Chacun peut vérifier la sécurisation de sa communication, un gage de confiance supplémentaire.
Il est bon de rappeler que même si un VPN protège votre navigation, il ne couvre pas le contenu que vous échangez sur des messageries tierces comme WhatsApp.
Disponible gratuitement, open source et accessible sur F-Droid, ProtonVPN protège l’ensemble de votre trafic en ligne avec un chiffrement robuste. Plusieurs outils, allant des navigateurs aux moteurs de recherche en passant par les messageries, proposent des solutions respectueuses de la vie privée pour répondre aux besoins de chacun.
Riot (Element)
Ex-Vector, Riot s’appuie sur le protocole Matrix et une licence Apache. Rebaptisée Element en juillet 2020, cette application fonctionne sans nécessiter de numéro de téléphone. Toutes les communications (messages, appels audio/vidéo) sont chiffrées de bout en bout. Grâce à Matrix, Element se connecte à d’autres systèmes comme IRC ou Slack, et peut même être auto-hébergée pour garder la pleine maîtrise sur vos données : aucun historique de navigation n’est archivé à votre insu.
Jabber/OTR
Jabber et OTR ne se présentent pas comme des applications, mais bien comme des protocoles. Ensemble, ils offrent une plateforme libre, sécurisée, open source et décentralisée. Jabber, client interopérable, s’appuie sur OTR pour garantir des conversations confidentielles à travers des outils déjà connus. Cependant, l’expérience mobile laisse à désirer : la connexion doit rester quasi permanente, et certaines fonctionnalités manquent à l’appel.
Wickr
La société américaine Wickr propose une messagerie instantanée dotée d’un chiffrement de bout en bout. Deux options : Wickr Me pour un usage personnel gratuit, Wickr Pro pour le monde professionnel avec des fonctions telles que la détection de capture d’écran, le verrouillage du clavier et la suppression définitive des fichiers. Disponible sur iOS, Android, Mac, Windows 10 et Linux, Wickr reste un choix solide, même si sa base d’utilisateurs est plus restreinte que WhatsApp, Viber ou Signal.
Telegram
Depuis Berlin, Telegram offre une messagerie sécurisée et gratuite sur Android, iOS, Windows, macOS et Linux. L’application propose le chiffrement de bout en bout via son protocole maison MTProto, mais pas par défaut : il faut créer une « session secrète » pour activer la protection et programmer l’auto-destruction des messages. Sinon, les échanges transitent par les serveurs de Telegram et la confidentialité peut être compromise.
Dust
Accessible sur iOS et Android, Dust (anciennement Cyber Dust) cible principalement un public jeune et anglophone. Son principe : envoyer des messages éphémères (textes, photos, mini-vidéos) qui « s’effacent » rapidement. Dust utilise un cryptage avancé et affirme ne rien stocker sur ses serveurs, mais l’application n’est pas open source, ce qui suscite la prudence de certains internautes. Les appels vocaux ou vidéo ne sont pas proposés à ce jour, et les retours d’expérience restent partagés.
Threema
Développée en Suisse, Threema vise ceux qui souhaitent une alternative sérieuse à WhatsApp. Compatible iOS et Android, elle séduit surtout en Allemagne, Suisse et Autriche. Son modèle : une application payante, peu répandue en France mais très populaire outre-Rhin. Tous les services classiques sont là (texte, image, vidéo) avec un chiffrement E2EE qui évite le passage par les serveurs. Threema ouvre son code depuis décembre 2020 et fait régulièrement l’objet d’audits. Une version professionnelle existe aussi pour les entreprises.
Olvid
Olvid, application française lancée en 2018, propose des fonctionnalités comparables à WhatsApp et mise sur un chiffrement maison. Ici, aucune donnée utilisateur n’est hébergée sur un serveur ou dans le cloud. Gratuite pour le grand public, payante pour les entreprises, Olvid n’est pas open source mais son code est examiné par 15000 chasseurs de bugs dans le cadre d’un Bug Bounty depuis avril 2020. Un choix de plus en plus regardé par ceux qui veulent garder la main sur leurs informations.
Session, pour les curieux
Session s’appuie sur le réseau LOKI, indépendant et basé sur la blockchain. Grâce à des protocoles de routage oignon (similaires à Tor dans l’idée), les messages empruntent des itinéraires variés via plusieurs nœuds, brouillant leur origine et leur destination. Session se distingue : pas besoin de numéro de téléphone, et une promesse de confidentialité inédite pour ceux qui veulent sortir des sentiers battus.
Quelle messagerie sécurisée choisir en 2021 ?
Le choix oscille souvent entre Signal et Telegram. Signal s’impose comme la référence actuelle, grâce à sa configuration sécurisée d’emblée… mais il faut accepter de fournir un numéro de téléphone. Olvid, avec son Bug Bounty et son approche singulière, mérite aussi l’attention. Quant au réseau LOKI, il ouvre des perspectives inédites : Session n’est plus une version bêta, et propose déjà une expérience solide.
Il faut être lucide : changer d’application de messagerie n’est pas un geste anodin. L’efficacité d’une plateforme dépend du nombre de contacts qui l’adoptent. La pression du groupe, les habitudes collectives, pèsent lourd dans la balance. Mais, au fond, chacun accorde une valeur différente à sa vie privée. Reste à savoir : êtes-vous prêt à reprendre la main sur vos échanges ?















