Un milliard de vues. Entre 2012 et 2018, DNews a fait exploser les compteurs sur YouTube avec ses vidéos courtes, percutantes et résolument scientifiques. Oubliez les pages denses des manuels scolaires : ici, l’actualité sert de tremplin, les formats brefs captent l’attention, et les questions inattendues deviennent des portes d’entrée vers le savoir. Ce modèle s’impose sans validation officielle, sans appui institutionnel. Pourtant, les chiffres sont là : les jeunes interagissent, commentent, retiennent. Le contraste avec les résultats scolaires classiques intrigue plus d’un chercheur. Dans les salles de classe, l’engagement s’étiole ; en ligne, il explose. Un paradoxe qui bouscule les certitudes du monde éducatif.
Pourquoi l’enseignement des sciences peine à susciter l’enthousiasme aujourd’hui
À l’école, la passion pour les sciences s’amenuise. Un rapport de l’OCDE souligne combien l’intérêt pour la science se construit dès l’enfance mais la pédagogie, elle, peine souvent à donner vie aux connaissances. Trop souvent, les élèves affrontent des notions abstraites, sans pouvoir toucher du doigt le concret. José Mariano Gago dénonçait déjà cette approche distante qui donne la priorité à l’accumulation de concepts plutôt qu’à l’expérience vécue. La salle de classe reste vouée à la théorie, tandis que laboratoire, manipulation et enquête scientifique restent à la périphérie.
La fameuse méthode hypothético-déductive, héritée des grandes heures de la science, fait figure de référence pour de nombreux enseignants. Pourtant, sur le terrain, elle glisse fréquemment vers une succession de schémas à remplir où la réflexion personnelle s’efface. Accorder une véritable place à la démarche d’investigation, où l’élève propose, expérimente, se trompe, recommence, relève encore trop du vœu pieux.
Différentes méthodes pourraient apporter un second souffle à l’enseignement scientifique, si on leur offrait une place réelle :
- La résolution collective de problèmes concrets, où le droit à l’erreur et les débats prennent toute leur place
- L’utilisation de données issues de la science citoyenne, ancrées dans la réalité
- Accorder de l’espace à la curiosité et au questionnement, bien au-delà de la restitution de savoirs
Toute cette dynamique trouve un écho singulier lorsqu’on aborde la science participative : chacun peut collecter, analyser, s’impliquer. Carl Sagan défendait la science comme discipline de l’esprit, pas simple liste de faits à retenir. Gaston Paris évoquait déjà la valeur de la science face aux préjugés. Pourtant, l’école persiste dans une transmission verticale, laissant l’élève passif au lieu de l’encourager à explorer. De là découle une crise bien réelle dans la pédagogie scientifique contemporaine.
DNews, un laboratoire d’innovation pédagogique pour réinventer la transmission scientifique
Dans les faits, DNews refuse la monotonie. En quelques années à peine, la chaîne s’est imposée comme un véritable laboratoire pédagogique, ouvert à tous les publics. En novembre 2014, lors du colloque « Réveille-moi les sciences ! Et si on modélisait … » à la Haute École Vinci de Louvain-la-Neuve, enseignants, chercheurs et étudiants confrontent leurs pratiques et partagent leurs découvertes. L’occasion d’aborder la scientonomie, de disséquer ce que peut être l’innovation pédagogique, de proposer sans filtre et sans tabou.
La scientonomie, proposée par Hakob Barseghyan, propose de voir le savoir scientifique comme un ensemble façonné par les controverses, la remise en cause et le dialogue. Loin d’une succession prévisible de découvertes alignées, elle présente le développement scientifique sous forme de mosaïque, toujours en mouvement, réagissant sans cesse à de nouveaux apports.
Cette vision, DNews l’a adoptée pour inventer des formats percutants : débats en petits groupes, analyses croisées, exploration des controverses. Ici, la science n’apparaît plus comme une suite de certitudes, mais comme une œuvre collective, débattue, remise en cause et sans cesse renouvelée.
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les ateliers de la chaîne illustre parfaitement cette audace. Le robot scientifique développé par Ross King n’est pas un simple outil technique. Il prend en charge certaines tâches automatiques afin de dégager du temps pour les indispensables : penser, interpréter, proposer des pistes. Dans cette construction à plusieurs voix, chacun, élève, enseignant, machine, trouve sa place.
Au final, la salle de classe se métamorphose. Loin du schéma statique, elle devient un espace de partage, de débat, un terrain où le savoir se construit collectivement. DNews arrive à faire dialoguer sciences et humanités, à articuler technologie et recul critique. Plutôt que de figer un parcours, la plateforme encourage la pluralité, valorise les écarts, rend possible la liberté d’oser et d’expérimenter.
Ce modèle a ouvert la porte à une nouvelle manière d’apprendre : la science n’y est plus transmise comme un mode d’emploi, elle se vit comme une aventure collective. Et si l’avenir de l’apprentissage scientifique s’inventait, en ce moment même, à la frontière des formats rapides, de l’audace pédagogique et de la dispute argumentée ?


